De l'écriture de faits divers 3

article

Le fait divers automobile

Une équation bien connue est à l'origine d'au moins 63% des faits divers parus dans la presse régionale : JEUNE (+ ALCOOL/DROGUE) + VOITURE = VIOLENCE ROUTIERE.

Il est assez stupéfiant de constater jusqu'à quelles extrémités les jeunes conducteurs peuvent en arriver au volant, sous l'emprise de la colère et/ou de l'alcool. Les exemples suivants, extraits tous deux des DNA du 13 mars 2003, constituent des exemples types.

700 mètres accroché à la portière

On serait cru dans un film policier le 23 février dernier vers 20 h 30 dans le centre-ville de Kehl. Le conducteur d'une Peugeot 205 immatriculée en France a renversé un passant qu'il a traîné sur 700 mètres. La police de Kehl enquête pour tentative de meurtre. Tout a commencé par un jet d'oeufs provenant d'une voiture occupée par quatre à cinq personnes, en direction d'un passant. Ce dernier a voulu s'expliquer avec le conducteur et s'est engagé sur la chaussée pour stopper la voiture. Mais l'automobiliste l'a accroché et le passant s'est retrouvé sur le capot. Il a réussi à s'agripper à la porte côté passager et a été traîné sur 700 mètres. Selon la police, la voiture a roulé à des vitesses avoisinant 80 km/heure. La victime a finalement lâché prise et s'est rendue au commissariat. En raison de ses blessures, l'homme a dû être hôpitalisé. Les recherches sont jusqu'à présent restées vaines.

On appréciera l'introduction "on se serait cru dans un film policier" qui crée une attente chez le lecteur, un suspense. L'insistance mise sur la distance parcourue (700 mètres, répété trois fois) , et sur les chiffres en général (23 février, 20h30, Peugeot 205, 80 km/h) indique une volonté de précision journalistique qui ne trompe personne. Et bien sûr, comme à chaque fois dans le bon fait divers, la présence du détail incongru et burlesque, ici le "jet d'oeufs" par lequel tout a commencé. Second exemple :

Altercation au rond point : deux ans ferme

Un automobiliste mulhousien de 19 ans a été condamné hier en comparution immédiate par le tribunal correctionnel de Mulhouse à deux ans de prison ferme pour avoir porté des coups de serpette à un autre conducteur. A l'origine de l'altercation, une priorité refusée dimanche vers 19 h par Martin Gidemann à un rond point de Staffelfelden. Mécontent de la réaction de l'autre automobiliste, Gidemann, ivre, avait fini par lui porter des coups de serpette, le blessant au cuir chevelu et au thorax « pour se défendre », a-t-il indiqué. Accompagné de son neveu, également dénommé Martin Gidemann, mais âgé de18 ans et domicilié à Staffelfelden, il avait poursuivi sa virée en direction de Chalampé où ils avaient volé une voiturette électrique avant de foncer sur des riverains qui tentaient de contrecarrer leur plan. L'oncle a été condamné à deux ans de prison ferme, son neveu à dix mois de prison ferme.

Un autre bon exemple de fait divers routier qui contient tous les ingrédients déjà mentionnés dans nos précédents articles :

— insignifiance des événements rapportés : un coup de "serpette", un vol de "voiturette", la répétition du suffixe -ette montre bien qu'il n'y a pas de quoi briser trois cornes à un escargot.

— multiplication des détails superflus : le "rond point", la voiturette "électrique", l'homonymie des deux protagonistes, le neveu portant le même nom que son oncle, "mais âgé de 18 ans" etc.

— les effets de style : on appréciera l'expression "contrecarrer leur plan" dont on ne peut déterminer le degré d'ironie si l'on songe que le "plan" en question consistait à voler une "voiturette électrique" ; en outre, la poésie discrète des toponymes orne gracieusement l'article : Staffelfelden, Chalampé.

© Ali Kiliç