A l'amiable

humour

Vous m'êtes rentré dedans. Non, c'est vous. J'avais la priorité. En êtes-vous si sûr ? Faisons un constat. A l'amiable ? Oui, bien sûr, on n'est pas des sauvages. D'accord. Alors, je roulais paisiblement quand soudain, boum, vous m'avez percuté. Erreur, JE roulais paisiblement, la vie était belle, pas de soucis en vue, je m'avançais bien tranquillement au milieu de la chaussée, dégagée, pas un obstacle à l'horizon, quand, sans crier gare, dans un froissement de métal, votre véhicule est entré dans le mien, par la gauche. Les panneaux indicateurs auraient dû vous alerter, vous manquiez de vigilance, un passage à niveau, ça se remarque. Je fais ce trajet tous les jours depuis des années, je n'ai jamais eu à subir une telle indélicatesse. Vous n'étiez pas attentive, l'habitude sans doute... Qu'est-ce qu'on marque, alors, sur le formulaire ? Je ne sais pas, moi. Il y a des témoins ? Non, personne, juste vous et moi. A cette heure-ci, ce n'est pas étonnant, il n'y a pas foule. Vous n'avez qu'à dessiner la scène, les voitures, comme elles sont positionnées, encastrées, la rue qui se gondole, les assureurs se débrouilleront. Désolé, je suis nulle en dessin, je l'ai toujours été, vous verriez mes bulletins... Donnez-moi ça, dans ce cas. Regardez. C'est très joli, ce que vous dessinez. J'essaie de représenter la chaussée dégagée, l'esprit serein que vous avez percuté, le décor. Qui est la fille que vous avez dessinée en bas à droite ? C'est vous, ça vous gêne ? Non, mais... oh, flatteur ! C'est pour aider les assureurs, bien leur faire comprendre la situation. Et ça, c'était indispendable ? Quoi ? le sourire ? Il vous va si bien. Je ne souriais pas, tout à l'heure, bien au contraire. Mais maintenant, si.

© Ali Kiliç