Premier chapitre d'Extension du domaine de la lutte (Houellebecq) à la manière de Céline

pastiche

C’était un vendredi soir... une soirée chez un collègue du blot... y avait pas eu moyen d’esquiver l’invitation... on était une trentaine... tous des cadres de la boîte... vingt-cinq jusqu’à quarante ans... tranquilles... soudain, y a une canasse qui se fout bien au milieu du salon délire subit !... elle se met à se délinger manière strip-tease !... le ti-cheurte ! le soutiff ! la jupe !... en faisant des airs que c’est pas permis !... elle a continué ses virevoltes encore un moment puis s’est resapée bien connement... y avait plus rien d’autre à faire... faut dire, c’est pas une gigolette, la fille... elle couche jamais...

Comme j’avais déjà enquillé quatre verres de vodka, j’ai commencé à me sentir mal... je suis allé m’allonger sur un tas de coussins... tout de suite après, deux filles sont venues s’asseoir sur le divan, juste à côté... deux moches... les trumeaux de la soirée pour dire... elles font tout deux par deux... bouffent ensemble, parlotent... bref les meilleures amies du monde... le genre de bavasses à se passionner pour la puéricuculture !...

Illico les voilà qui commencent à jacasser... le grand objet de leurs babouillis c’est la merluche qui s’est pointée au service avec une jupe ras les miches... moi, toujours caché, j’entrave qu’elles trouvent ça bien la jupe ultra courte... de là où j’étais, je pouvais que biglouser leurs ombres sur le mur en face... silhouettes bien drôlement gigantesques... leurs voix aussi me paraissaient pas naturelles... comme si elles venaient des nues... façon Saint-Esprit !... j’allais pas bien du tout... la grive sévère !...

Leur bavachage il a bien duré un quart d’heure... que l’autre fille elle avait le droit de se loquer comme elle voulait... que c’était pas pour séduire... non, pas du tout... qu’elle s’attifait comme ça pour son unique bon plaisir... pour se sentir belle, en somme... Moi consterné derrière mon canapé, je pensais : pauvres résidus féminananistes ! ah les blèches !... j’ai même fini par le chuchoter tellement que j’y tenais plus... « pauvres résidus ! »... mais elles, elles ont pas entendu...

Moi-même, pour être honnête, je dois avouer que je l’avais bien écarquillée, la nénette du service... difficile de pas voir... ras le derge qu’elle se promenait... le chef y se tenait plus... il godait sévère !...



Je me suis endormi avant qu’elles terminent leur bla bla... et d’autor, le songe fantasque qui me vient... les deux mochetés qui se tiennent bras dessus bras dessous... elles s’avancent dans le couloir du service... en levant les guibolles bien haut... foireux ballet !... elles beuglent :



Si je me promène cul nu,

C’est pas pour vous sédui-re !

Si je montre mes jambes poilues,

C’est pour me faire plaisi-re !



Dans mon rêve, la blavonde à la minijupe se tenait tout près... mais avec une longue robe noire cette fois... mystérieuse... plus du tout vulgaire... elle sourit... y a un énorme perroquet sur ses épaules... c’est le chef de service !... métamorphosé en volatile !... avec un plumage de toutes les couleurs !... la fille, elle lui tripote le ventre de temps en temps... l’air de pas y toucher... mais j’ai bien vu, moi, qu’elle est experte dans ces choses de caresser...

Quand je me suis réveillé, j’ai vu que j’avais refilé sur la moquette... c’était la fin de la réception... j’ai planqué le dégueulage sous les coussins... debout, je chancelais à la vigue et vogue... ça n’allait vraiment plus du tout... pourtant, fallait bien trisser... et puis, je me suis aperçu que j’avais paumé les clefs de la bagnole... bien ma chance !...

© Ali Kiliç